mardi 14 février 2017

St Valentin

Ah, la St Valentin.. la fête de l’amour..

L’amour, c’est être heureux-ses ensemble, se faire confiance, rire, se raconter nos vies, faire des projets, rêver..

Parfois la vie de couple est beaucoup plus difficile. Parfois, cela ne se passe pas comme prévu.

Parfois le Valentin humilie, menace, frappe, viole et tue sa Valentine.  
Arrêtez de nous faire croire qu’il s’agit d’amour !
Ne nous parlez plus de « crime passionnel » ou de « drame de la séparation ».

· Est-ce par amour que l'on donne 15 coups de couteaux à sa conjointe puis qu'on la traîne dans la cave pour la laisser se vider de son sang ? 
· Est-ce par amour que l'on attend sa compagne sur son parking, qu'on la renverse avec sa voiture et qu'on l’achève de plusieurs balles dans la tête ?
· Est-ce par « passion » que l'on égorge son ex devant ses propres enfants 


Les poignardées, les égorgées et les battues à mort devraient peut-être être
flattées d'avoir déclenché une telle passion. Quelle habileté de nous faire
croire que nous sommes violentées et tuées par amour et par désir. On en
viendrait presque à désirer la violence, puisqu'être aimée est si beau. Quelle
habileté et surtout quelle perversité. 

Ce 14 février devant le Palais de Justice de Paris, nous avons incarné les
119 tuées de 2016 (cas médiatisés) pour dire que ce n'est pas de l'amour : 
c'est un massacre. 





La société toute entière est concernée. En plus du coût humain, si l'on pense notamment aux enfants tuées également, orphelins et témoins des crimes, le coût économique des violences conjugales a été estimé à 3,6 milliards en 2012.


Revendications
Respecter les engagements de la France dictés par la Convention « d’Istanbul » du Conseil de l’Europe qui interdit notamment la médiation en cas de violences conjugales.
Augmenter les accueils de jour, les lieux d’écoute, d’accueil et d’orientation (LEAO), les permanences dans les commissariats et gendarmeries, les permanences des associations et les centres d’hébergement spécialisés.
Rendre obligatoire et financer les « référent-es violences » au sein des gendarmeries, commissariats et tribunaux dans tous les départements.
Réaliser plus de formation des professionnel-les.
Augmenter les moyens financiers des associations et des actrices de terrain
Créer plus de places d’hébergements d’urgence. Le conseil de l’Europe en préconise 6.600 places nécessaires en France.
Renforcer l’éducation à la sexualité et à l’égalité à l’école.

En 2017, le massacre se poursuit.
Dimanche, dans le Morbihan, un homme a tué son ex-compagne d’un coup de fusil. C’est le 15ème féminicide conjugal de l’année.

vendredi 20 janvier 2017

Souvenir de Tokyo : les wagons pour femmes

J’en avais entendu parler mais je ne pensais plus à eux lorsque j’ai pris le métro à Tokyo pour la première fois.
Parmi ces lignes gris métallique, la froideur et la régularité des passagers vêtus de pantalons noir et chemise blanche alignés les uns derrière les autres, sans heurt, sans impatience, une tache fluo : un wagon rose couleur paquet de tampax file sous mes yeux. 
Je n’y pensais plus. Les wagons pour femmes.

Le métro Tokyoïte réserve certains de ses wagons aux femmes, pendant les heures de pointe uniquement, ces heures où les passagères s’entassent, leur corps pressé contre ceux d’inconnus pendant des heures parfois – Tokyo est une ville immense.


D’autres villes suivent ce modèle, en Inde, Thaïlande, au Brésil, au Mexique et peut-être bientôt à Londres[1].

En théorie, c’est une mauvaise idée. Les wagons séparés signifient que les femmes doivent se protéger, et non les hommes les respecter d’eux-mêmes, et il faudrait plutôt demander aux agresseurs de nous laisser tranquilles, s’il vous plait.
On compare cette démarche à la ségrégation raciale, on parle d’égalité – l’égalité face au harcèlement ? – on ressort les grands mots et les références à l’Histoire.

Il y a les images, les grandes déclarations de principe, et il y a le réel. Le réel des corps compressés, déjà épuisés à la merci du premier lâche venu. Le doute, la honte de n’être réduite qu’à un objet masturbatoire, la honte de ne pas pouvoir crier, l’humiliation.

En théorie, je devrais me promener sans crainte toute seule la nuit complètement torchée, parce que ce n’est pas à moi à me protéger d’une agression.
En pratique, je ne le fais pas. Parce que c’est risqué, et que je ne veux pas me mettre en danger parce que si je suis agressée je ne serai pas responsable (effectivement). Je l’aurai quand même été, agressée.
Nous avons toutes des conduites d’évitement, plus ou moins intégrées, plus ou moins conscientes. Choisir ses vêtements, choisir une place dans le métro en fonction du voisin ou voisine, détourner le regard, marcher vite.

Je décris là des comportements individuels, même s’ils sont partagés. Quand l’évitement devient organisé par un organisme public, d’autres questions se posent.

Les wagons rose signifient que les femmes sont des proies et que chaque homme est un agresseur potentiel. Au risque de froisser Lucile Quillet[2], c’est le cas. Tous les hommes ne sont pas des agresseurs, mais chaque homme a la possibilité d’agresser et aucune femme ne peut prévoir quel homme est dangereux et avec lequel elle est en sécurité. Donc oui, chaque homme est potentiellement un agresseur.

Et chaque femme est une proie potentielle, menacées parce que femme. Que l’existence de ces wagons le rappelle à notre chaste champ de vision ou pas.

Ils ont au moins le mérite de la rendre visible, notre condition séparée. Les femmes sont une catégorie d’humains différente, constamment réduites à un corps disponible comme un bien public. Le nier, c’est maintenir les femmes victimes dans le silence et les agresseurs bien peinards.

N’importe quelle solution, si foireuse soit-elle, souligne l’existence d’un problème et permet un débat qui fera émerger d’autres solutions, de moins en moins foireuses espérons-le.
Le problème se met à exister, et pas seulement dans nos chairs. J’allais écrire « dans nos têtes », mais notre espace mental doit être aussi hypocritement non-genré que le métro et l’espace public en général.
Nous devons nous répéter que ce n’est pas si grave, et notre épuisement à réagir nous force à négliger nos angoisses. Un problème tu, invisible jusque dans nos consciences. « N’y pense plus ». La chair souffre en silence.

Je suis pragmatique. Je ne veux pas me doucher avec des hommes quand je fais du sport. Je comprends que les femmes déjà stressées par leur travail préfèrent que le passager qui les colle pendant une heure ou plus soit une passagère.
Certes ces initiatives ne réduisent pas le nombre de viols à l’extérieur de ce wagon, notamment dans la sphère dite privée. Certes, mais pourquoi, au nom de principes abstraits, refuser un espace de respiration aux femmes dans un monde sans répit ?

« Dans certaines parties de la planète on parle de ce genre de problèmes sans mystères. Et dans certains pays on prend des mesures pour que les femmes puissent voyager tranquilles et détendues dans le métro, sans avoir besoin d’avoir quatre yeux, et de contrôler toujours où vont les regards des hommes, qui appuient ensuite distraitement leurs mains inquiétantes… »[3]

Voeux publiés dans "Je connais un violeur"

Mes chères, mes chers,
Une nouvelle année selon le calendrier civil, ce n’est qu’un chiffre et une date aléatoires. Pourtant la nouvelle année nous rappelle que le temps passe.
Nous croyons que notre vie s’est arrêtée, pourtant c’est faux.
Nous croyons que nous sommes brisées, pourtant nous construisons puis détruisons puis reconstruisons puis abîmons puis remettons à plat et remettons sur pied, encore et encore, sans cesse, tout au long de notre vie.
Pour 2017 et au-delà, je vous souhaite d’écouter la voix déraisonnable en vous, celle sait ce qui est le meilleur pour vous.
Je vous souhaite de faire grandir votre amour pour vous-même et pour les personnes qui vous font du bien.
Je vous souhaite de vous retrouver vous-même et de vous consacrer aux activités et aux personnes qui vous apaisent et vous passionnent.
Je vous souhaite de prendre le temps de surmonter ce qui doit l’être, avec patience, et de savourer la beauté de la vie.
Et tous les autres voeux qui vous feront plaisir !
Toute mon affection,
Pauline

jeudi 27 octobre 2016

Souvenir du 8 mars 2016

C'est le 8 mars aujourd'hui, et comme je suis une femme, on va me proposer des roses et des réductions sur le maquillage et les strings. On va me souhaiter bonne fête.
Non, je ne passerai pas une bonne fête, pas cette année non plus.
2016 n’a que deux mois et une semaine, et je voudrais faire un bilan. Il est trop tôt pour un bilan de l’année? Pourtant, on peut déjà parler de massacre.
5 femmes tuées par balles, 6 femmes poignardées (pour l’une d’elles, de 120 coups de couteau dans le corps, une autre a été tuée sous les yeux de sa fille de 6 ans), 3 femmes égorgées ainsi que les 2 enfants de l’une d’elles, âgés de 6 ans et 10 mois, 2 femmes violées puis étranglées, une autre étouffée.
Par un mari ou un “compagnon jaloux”, ou par un ex qui “ne supporte pas la rupture”.

Messieurs les tueurs, Ingrid, Géraldine, Marina, Elvira, Chantal, Sylviane, Fabienne, Sonia, Tatiana, Nathalie, Jocelyne, Carine et cinq autres femmes anonymes ne méritaient pas la mort.
Selon vos propres dires, vous les avez tuées parce qu’elles ont voulu vous quitter,
vous étiez jaloux, colérique… violent ?
Dans la majorité des cas, les femmes tuées par leur conjoint ou ex avaient porté plainte pour des violences conjugales. Elles étaient en danger de mort et elles le savaient. Leurs enfants aussi étaient en danger. Humiliées, menacées, frappées, violées, terrorisées. Si elles restent, c’est la mort. Si elle partent, c’est la mort.
A partir de combien de femmes tuées pourra-t-on parler de massacre ? Une par jour, dix par jour ? Chaque victime a son bourreau, chacune est isolée, enfermée dans un foyer qui était pour elle une prison et une chambre de torture. Ignorée par la police qui n’y voit que des chamailleries de couple, puis dénigrée par la Justice qui conclura à un “crime passionnel”. Chacune n’aura droit qu’à un article dans la presse locale.
Chaque victime est isolée, et pourtant chacune est tuée par la même rage de possession, la même hargne à faire d’une femme sa chose. Non, quand un homme tue sa femme après l’avoir torturée pendant des années, ce n’est pas un “drame conjugal dans un contexte de séparation”.
Comment appelle-t-on, dans le langage courant, un homme qui
-pense que sa femme peut être traitée comme sa bonne, son objet sexuel ou son punching ball ?
-pense que si elle le trompe, il doit “laver son honneur”, éventuellement dans le sang ? On appelle ça un macho.

Et un homme qui tue une femme par rage de la posséder est un criminel machiste, comme il y a des criminels racistes, antisémites ou homophobes. La haine des femmes, de celles qu’ils considèrent comme “leur” femme, est meurtrière.
Le massacre des femmes en France peut être empêché. Si les femmes victimes de violences masculines sont prises en charge et protégées avant qu’elles ne soient tuées. Si la police, la Justice, mais aussi le voisinage, c’est-à-dire nous-mêmes, se rendent compte, enfin, que la violence d’un homme contre sa compagne ou son ex n’est pas de l’amour, mais de la haine, et que cette haine tue.
Pour le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, prenons la décision de mettre fin à un massacre. Prenons la décision de conquérir notre droit à vivre réellement libres
Chaque femme a le droit de quitter son compagnon, d’en changer tant qu’elle veut, aucune n’est la propriété d’un homme, quelle que soit la relation qui a pu les lier dans leur passé.

Aujourd’hui, en France, une femme qui dit à un homme : “je ne t’appartiens pas” risque la mort. Au nom des mortes et des vivantes, au nom de nos filles, de nos sœurs et de nous-mêmes, j’ai envie de crier : laissez-nous accepter ou refuser, rester ou partir, et surtout : arrêtez de nous tuer !

samedi 17 septembre 2016

Le voile est-il une autre mini-jupe ?

Qui suis-je pour me permettre de critiquer le voile, alors que je porte des mini-jupes et que je pousse l’aliénation au patriarcat jusqu’à m’épiler les aisselles ?
Le voile ne serait qu’un attribut féminin comme un autre. On peut, à la rigueur, admettre que le port du voile se fait souvent sous la contrainte. On admet aussi que le voile est sexiste, dans ce qu’il dit du corps des femmes et de la sexualité des hommes.
Mais… “c’est pas pire que le string ou la mini-jupe”.

Je reconnais que notre liberté n’est pas entière quand il s’agit de dépenser temps, argent et énergie pour porter des vêtements ou accessoires inconfortables, qui entravent les mouvements, pour être plus belle ou plus désirable. La pression sociale est forte et personne n’a envie d’être cette fille “moche, crade et qui ne prend pas soin d’elle”.
J’admets volontiers que le maquillage est sexiste, dans la mesure où il dit : à l’état naturel, mon visage est imparfait, incomplet. Je dois le transformer pour le rendre socialement acceptable. Cette considération n’étant valable que pour les femmes.

Mieux ou pas mieux, plus libre ou moins libre ? La contrainte à se rendre sexy, et celle qui peut peser sur les femmes qui se voilent ne sont évidemment pas comparables. Le look sexy ne découle pas d'un ordre moral et religieux et aucune femme n'a jamais été condamnée à mort pour des vêtements boyish. Je ne parlerai pas ici du sujet de la contrainte, je répondrai seulement à l'argument selon lequel le voile ne serait qu'une mini-jupe inversée, se couvrir et se dévoiler ne seraient que les deux faces de la même pièce.

Non, ces deux pièces de textiles ne sont en rien équivalentes.

Je ne mets pas de mini-jupe quand je vais au marché le matin, quand je travaille face à du public, quand je fais du sport ou quand j’emmène mon chien en forêt.
De façon générale, je ne mets pas de mini-jupe dès que je sors de chez moi ou dès qu’un homme, quel qu’il soit, me rend visite.
Je mets une mini-jupe seulement à l'occasion, quand j’ai envie de plaire. Etant un être de chair, il m’arrive d’avoir envie de provoquer et ressentir du désir sexuel. Pas tout le temps, pas dans tous les contextes. La mini-jupe, le maquillage ou autres attributs de la féminité telle qu'elle est codifiée ne sont pas vus comme nécessaires, ils se portent parfois, suivant les circonstances, plus ou moins.

Ils procèdent d'une volonté circonstanciées : ce soir, je veux me mettre en valeur. Et oui, il faut l'admettre, en jean et doudoune, j'attire moins l'attention, je suis moins désirable. Il faut faire un effort pour être sexualisée. Le corps et le visage des femmes, tel qu'il est au naturel, n'est pas perçu comme suffisant pour être beau. Il faut y travailler.
On peut critiquer le fait que le corps de la femme ne soit pas accepté socialement à l’état naturel, avec sa peau imparfaite et ses poils. On peut et on doit aussi dénoncer cette perversité qui fait qu’une femme doive “se faire belle” - et qu’une fois “belle”, on lui reproche d’être un “appel au viol”.
La mini-jupe dit une chose : mon corps à l’état naturel est incomplet et je dois faire un effort pour le rendre attirant.

Le voile, quant à lui, doit être porté dès qu’un homme, autre que le conjoint, est présent dans les parages.
Le corps féminin doit être caché en permanence, parce qu’il est en soi sexuel. Dans l’univers mental qui promeut le port du voile, ce n’est pas la femme en mini-jupe qui “l’a bien cherché”. C’est la femme tout court, parce qu’elle a un corps de femme - ou même de petite fille. Le string est vulgaire ? Le rouge à lèvre outrancier donne l’air d’une “pute” ?
Pour les défenseurs-ses du voile, c’est la femme qui est vulgaire, c’est son corps, tel qu’il est, qui “pue le cul”. Quel que soit son âge, quel que soit son apparence physique, la femme est obscène. La mini-jupe joue avec le désir en montrant tout, sauf ce que la légalité impose de cacher (le sexe, ce qui est également valable pour les hommes). Le voile dit : la femme est ce qu'il faut cacher.

Nous devons dénoncer la misogynie qu’il y a à considérer que le corps et le visage des femmes est laid s’il n’est pas trafiqué.
Nous devons dénoncer la culture du viol qui dit que certaines femmes méritent d’être violées car elle suscitent le désir. Ne mélangeons pas tout.
Ne laissons pas juger les femmes d’après ce qu’elles portent. Mais ne les laissons pas être condamnées parce que ce sont des femmes.

jeudi 14 avril 2016

J'ai testé pour vous la self défense féminine


J’ai testé pour vous un stage de self-défense féminine Ladies System Defense. Et j’encourage toutes, mais vraiment toutes les femmes à y faire un tour.


Un cours de self-défense seulement pour les femmes ? Et oui. Parce que nous subissons des agressions spécifiques, mais pas seulement.
Avant de se lancer dans la self-défense, il faut se rendre compte que, parce que nous sommes des femmes, nous avons la tête bourrée d’idées toutes plus fausses les unes que les autres sur les agressions, la violence, et notre force physique.
Enfant, on nous disait que la bagarre, c’était pour les garçons. Une petite fille bien ne se met pas en colère, ne fait pas de “caprice”, ne se salit pas, même les gros mots ne sont “pas beaux dans nos bouches” !
Puis, devenues ado, on nous a dit que nous étions faibles et que nous n’avions pas la moindre chance face à un agresseur. Quelle mauvaise blague.


Les femmes ont une force qu’elles ne soupçonnent pas. Ne croyez pas que vous êtes foutues face à un homme qui vous agresse, c’est faux.
Vous pouvez soulever un bébé ? Vous pouvez mettre une châtaigne.


Quand on se rend compte de ce fardeau de blocages et de manque de confiance en nous qui nous a été imposé, quand on se rend compte qu’on a pris un sacré retard par rapport à nos frères qui s’entraînaient à la bagarre pendant qu’on jouait à la poupée, on n’hésite pas une seconde, on décide de se donner une chance et on s’inscrit à un cours de self-défense féminine.


C’est ça, la self-défense : se donner une chance de s’en sortir en cas d’agression. Ce n’est pas être violente que de refuser la violence contre soi-même. Les instructeurs, qui sont policiers, savent ce qui marche. Ils expliquent et montrent des techniques simples, accessible à toutes, quel que soit votre niveau d’entraînement sportif ou votre gabarit, et dans le respect du cadre légal de la légitime défense. Tout est efficace, légal, légitime et juste. Vous avez le droit d’empêcher une agression et de fuir.


On n’imagine pas “ce qu’on ferait”, on le fait. On cogne des sacs, on agrippe, on apprend à notre corps des gestes simples. Notre corps se souviendra de ces gestes qui, avec la force décuplée des moments de panique, nous sauveront.


Vous savez crier ? Evidemment, tout le monde sait crier dès la naissance. Si vous avez peur de faire du bruit, entraînez-vous. Ca fait du bien, ça donne de la force et ça effraie les agresseurs. Vous savez frapper avec la paume de votre main ? Vous savez situer le visage de quelqu’un et ses parties génitales ? Alors vous avez vos chances de vous en tirer.


En cours de self-défense, on apprend quels gestes nous sauveront si quelqu’un vous ceinture ou essaie de vous étrangler. Moi non plus je n’ai pas envie de penser à ça, de me rappeler que ça pourrait m’arriver. En regardant la démonstration de l’instructeur et sa collègue, je n’étais pas à l’aise, j’avais peur. Je savais que le risque est réel, à présent le risque est toujours là mais ma peur n’est plus de même nature, ce n’est plus la peur de la brindille impuissante - que je n’ai jamais été - mais une peur rationnelle face à un risque. Si ça arrive, peut-être que je ne m’en sortirai pas, mais peut-être que si. Je sais que j’ai ma chance et je sais quoi faire pour me laisser cette chance de sauver ma peau.


Mesdames, vous n’êtes pas faibles, vous ignorez votre force. Prenez-en conscience, et rattrapez votre retard : en seulement 3 heures, je me sentie puissante. Pas invincible, inutilement agressive ou déraisonnable, mais puissante.









dimanche 21 décembre 2014

J'ai fiché pour vous : Du côté des petites filles

La mère Noëlle Fleur furieuse met les enfants à la fête, avec des éléments tirés de l’essai Du côté des petites filles de la pédagogue féministe italienne Elena Gianini Belotti, publié en 1973.

La préférence pour les garçons se manifeste dès la grossesse de la mère, lorsque l’entourage essaie de deviner le sexe du foetus. Les différentes pratiques populaires en Europe du sud pour deviner le sexe du foetus assimilent la naissance d’un garçon à un évènement valorisant, à une bonne nouvelle, contrairement à l’arrivée d’une fille.
“Une des épreuves les plus utilisées est celle du bréchet de poulet : un homme et une femme saisissent chacun une partie de l’os et tirent ensemble, chacun de son côté, pour le casser, si la partie la plus longue reste dans la main de l’homme, ce sera un garçon”.
“Quand on demande à une femme enceinte, à brûle-pourpoint, “qu’as-tu dans la main”, si elle regarde en premier sa main droite, elle aura un garçon, si elle regarde la gauche (sinistra), une fille”. “Si son teint est rosé, elle enfantera un garçon, si son teint est pâle, une fille”.

La préférence pour les garçons se manifestent lors de l’allaitement. Dès ces moments-là, essentiels dans la vie et le développement des enfants, la mère et les autres membres de la famille formulent des injonctions envers l’enfant. Celui-ci reçoit des messages d’encouragement ou d’interdiction qui contribueront à le rendre plus ou moins sûr de lui, vorace ou modéré.

Les mères allaitent les garçons plus volontiers, jusqu’à un âge plus avancé, et les tétées sont plus longues. Il faut aussi prendre en compte la rapidité de la réponse de la mère et les gestes de tendresse qui accompagnent ce moment, et tout cela forme une “preuve tangible de la disponibilité du corps maternel à l’égard (du petit garçon), et en retour, l’importance de son propre corps”.

Les garçons sont perçus d’emblée comme plus vorace, avec un plus grand appétit et des besoins plus impérieux. La mère répond plus rapidement à ses demandes et lui consacre plus de temps. Le besoin de faire des pauses est davantage respecté que pour les filles. En évitant de le presser, on lui signifie qu’on se met “de son côté”, qu’on le “considère comme un individu” avec une autonomie dans la volonté et des besoins qu’il faut prendre en compte. Au contraire, la petite fille n’est pas sensée être vorace, et il est courant de “punir” la gloutonnerie en imposant un rythme plus lent, tout en la pressant sur la durée totale de l’allaitement, faute de temps disponible pour elle. La petite fille doit “contrôler son impulsion”. Bellotti parle d’un “dressage à la délicatesse”. Le “dressage”, dès la naissance, s’opère également à travers l’agencement et les couleurs de la chambre d’enfant, ainsi que les motifs qui la décorent.

Il est communément accepté que les filles pleurent davantage et sont plus difficiles à élever.

“Cependant, malgré tous ces jugements sur le caractère affectueux, la douceur, la soumission l’activité laborieuse des femmes et bien qu’on les élève à moindre prix, puisqu’en général on leur donne moins d’instruction qu’aux garçons, l’opinion courante veut que les filles soient plus difficiles à éduquer. Pourquoi ?
Il est beaucoup plus difficile et pénible de contenir une énergie souvent impérieuse en prétendant qu’elle se replie sur elle-même, alors qu’elle ne tarde pas à s’atrophier lentement, que de lui laisser libre cours et même de la stimuler en vue de réalisations concrètes. (..)
La fille, inhibée dans son développement, est contrainte d’organiser des mécanismes d’auto-défense pour ne pas succomber (..); elle manifeste des traits de caractère qui ne sont pas du tout, comme on le pense, l’apanage du sexe féminin, mais sont simplement le produit de la castration psychologique opérée à ses dépends.” Cette castration psychologique donne des petites filles “mécontentes, capricieuses, pleurnichardes”..

Bellotti insiste sur le rôle de la mère qui reproduit les modèles qu’elle connaît elle-même : la mère façonne la petite fille à son image, et elle accorde au petit garçon la même place dominante qu’au père et aux autres hommes qu’elle connaît : “elle n’a rien d’autre à faire que de répéter avec lui la même attitude tolérante, complice, complaisante qu’elle a vis-à-vis des hommes adultes”.

Les jouets sont sensés être choisis spontanément par les enfants, mais ceux-ci non seulement ent reproduisent ce qu’ils observent et connaissent, mais aussi s’adaptent à des règles strictes : il y a des jouets autorisés et d’autres interdits, selon le sexe. La façon de jouer est également différente : “La réduction de l’agressivité, opérée chez la petite fille par des moyens diffus, l’oblige à choisir, dans le jeu aussi, des moyens d’expression qui soient acceptés”.

Les petites filles dont la vitalité a été réprimée se réfugient dans des rituels rassurants et répétitifs. Les jeux limitatifs des petites filles, “dans lesquels leur attention s’arrête à l’acquisition d’une aptitude raffinée mais restreinte” sont “de véritables comportements phobiques avec un arrière-plan de rituel obsessionnel”, qui démontrent un “perfectionnisme anxieux” : Bellotti cite l’exemple du saut à la corde, complètement dédaigné par les garçons.


Les petites filles sont associées aux tâches domestiques dès l’enfance, alors que les garçons en sont écartés. Non pas pour qu’elles apprennent à les effectuer à l’âge adulte, un apprentissage très rapide serait largement suffisant ; mais qu’elles ne les méprisent pas comme les garçons les méprisent, et pour “rendre certaines tâches automatiques”. “Les adultes savent très bien que si le conditionnement ne se produit pas à l’âge requis, c’est-à-dire à l’âge auquel le sens critique et la rebellion sont peu sûrs, il sera d’autant plus difficile d’obtenir ces services après cet âge”.
Le Top Site d'Anna K.