samedi 17 septembre 2016

Le voile est-il une autre mini-jupe ?

Qui suis-je pour me permettre de critiquer le voile, alors que je porte des mini-jupes et que je pousse l’aliénation au patriarcat jusqu’à m’épiler les aisselles ?
Le voile ne serait qu’un attribut féminin comme un autre. On peut, à la rigueur, admettre que le port du voile se fait souvent sous la contrainte. On admet aussi que le voile est sexiste, dans ce qu’il dit du corps des femmes et de la sexualité des hommes.
Mais… “c’est pas pire que le string ou la mini-jupe”.

Je reconnais que notre liberté n’est pas entière quand il s’agit de dépenser temps, argent et énergie pour porter des vêtements ou accessoires inconfortables, qui entravent les mouvements, pour être plus belle ou plus désirable. La pression sociale est forte et personne n’a envie d’être cette fille “moche, crade et qui ne prend pas soin d’elle”.
J’admets volontiers que le maquillage est sexiste, dans la mesure où il dit : à l’état naturel, mon visage est imparfait, incomplet. Je dois le transformer pour le rendre socialement acceptable. Cette considération n’étant valable que pour les femmes.

Mieux ou pas mieux, plus libre ou moins libre ? La contrainte à se rendre sexy, et celle qui peut peser sur les femmes qui se voilent ne sont évidemment pas comparables. Le look sexy ne découle pas d'un ordre moral et religieux et aucune femme n'a jamais été condamnée à mort pour des vêtements boyish. Je ne parlerai pas ici du sujet de la contrainte, je répondrai seulement à l'argument selon lequel le voile ne serait qu'une mini-jupe inversée, se couvrir et se dévoiler ne seraient que les deux faces de la même pièce.

Non, ces deux pièces de textiles ne sont en rien équivalentes.

Je ne mets pas de mini-jupe quand je vais au marché le matin, quand je travaille face à du public, quand je fais du sport ou quand j’emmène mon chien en forêt.
De façon générale, je ne mets pas de mini-jupe dès que je sors de chez moi ou dès qu’un homme, quel qu’il soit, me rend visite.
Je mets une mini-jupe seulement à l'occasion, quand j’ai envie de plaire. Etant un être de chair, il m’arrive d’avoir envie de provoquer et ressentir du désir sexuel. Pas tout le temps, pas dans tous les contextes. La mini-jupe, le maquillage ou autres attributs de la féminité telle qu'elle est codifiée ne sont pas vus comme nécessaires, ils se portent parfois, suivant les circonstances, plus ou moins.

Ils procèdent d'une volonté circonstanciées : ce soir, je veux me mettre en valeur. Et oui, il faut l'admettre, en jean et doudoune, j'attire moins l'attention, je suis moins désirable. Il faut faire un effort pour être sexualisée. Le corps et le visage des femmes, tel qu'il est au naturel, n'est pas perçu comme suffisant pour être beau. Il faut y travailler.
On peut critiquer le fait que le corps de la femme ne soit pas accepté socialement à l’état naturel, avec sa peau imparfaite et ses poils. On peut et on doit aussi dénoncer cette perversité qui fait qu’une femme doive “se faire belle” - et qu’une fois “belle”, on lui reproche d’être un “appel au viol”.
La mini-jupe dit une chose : mon corps à l’état naturel est incomplet et je dois faire un effort pour le rendre attirant.

Le voile, quant à lui, doit être porté dès qu’un homme, autre que le conjoint, est présent dans les parages.
Le corps féminin doit être caché en permanence, parce qu’il est en soi sexuel. Dans l’univers mental qui promeut le port du voile, ce n’est pas la femme en mini-jupe qui “l’a bien cherché”. C’est la femme tout court, parce qu’elle a un corps de femme - ou même de petite fille. Le string est vulgaire ? Le rouge à lèvre outrancier donne l’air d’une “pute” ?
Pour les défenseurs-ses du voile, c’est la femme qui est vulgaire, c’est son corps, tel qu’il est, qui “pue le cul”. Quel que soit son âge, quel que soit son apparence physique, la femme est obscène. La mini-jupe joue avec le désir en montrant tout, sauf ce que la légalité impose de cacher (le sexe, ce qui est également valable pour les hommes). Le voile dit : la femme est ce qu'il faut cacher.

Nous devons dénoncer la misogynie qu’il y a à considérer que le corps et le visage des femmes est laid s’il n’est pas trafiqué.
Nous devons dénoncer la culture du viol qui dit que certaines femmes méritent d’être violées car elle suscitent le désir. Ne mélangeons pas tout.
Ne laissons pas juger les femmes d’après ce qu’elles portent. Mais ne les laissons pas être condamnées parce que ce sont des femmes.

jeudi 14 avril 2016

J'ai testé pour vous la self défense féminine


J’ai testé pour vous un stage de self-défense féminine Ladies System Defense. Et j’encourage toutes, mais vraiment toutes les femmes à y faire un tour.


Un cours de self-défense seulement pour les femmes ? Et oui. Parce que nous subissons des agressions spécifiques, mais pas seulement.
Avant de se lancer dans la self-défense, il faut se rendre compte que, parce que nous sommes des femmes, nous avons la tête bourrée d’idées toutes plus fausses les unes que les autres sur les agressions, la violence, et notre force physique.
Enfant, on nous disait que la bagarre, c’était pour les garçons. Une petite fille bien ne se met pas en colère, ne fait pas de “caprice”, ne se salit pas, même les gros mots ne sont “pas beaux dans nos bouches” !
Puis, devenues ado, on nous a dit que nous étions faibles et que nous n’avions pas la moindre chance face à un agresseur. Quelle mauvaise blague.


Les femmes ont une force qu’elles ne soupçonnent pas. Ne croyez pas que vous êtes foutues face à un homme qui vous agresse, c’est faux.
Vous pouvez soulever un bébé ? Vous pouvez mettre une châtaigne.


Quand on se rend compte de ce fardeau de blocages et de manque de confiance en nous qui nous a été imposé, quand on se rend compte qu’on a pris un sacré retard par rapport à nos frères qui s’entraînaient à la bagarre pendant qu’on jouait à la poupée, on n’hésite pas une seconde, on décide de se donner une chance et on s’inscrit à un cours de self-défense féminine.


C’est ça, la self-défense : se donner une chance de s’en sortir en cas d’agression. Ce n’est pas être violente que de refuser la violence contre soi-même. Les instructeurs, qui sont policiers, savent ce qui marche. Ils expliquent et montrent des techniques simples, accessible à toutes, quel que soit votre niveau d’entraînement sportif ou votre gabarit, et dans le respect du cadre légal de la légitime défense. Tout est efficace, légal, légitime et juste. Vous avez le droit d’empêcher une agression et de fuir.


On n’imagine pas “ce qu’on ferait”, on le fait. On cogne des sacs, on agrippe, on apprend à notre corps des gestes simples. Notre corps se souviendra de ces gestes qui, avec la force décuplée des moments de panique, nous sauveront.


Vous savez crier ? Evidemment, tout le monde sait crier dès la naissance. Si vous avez peur de faire du bruit, entraînez-vous. Ca fait du bien, ça donne de la force et ça effraie les agresseurs. Vous savez frapper avec la paume de votre main ? Vous savez situer le visage de quelqu’un et ses parties génitales ? Alors vous avez vos chances de vous en tirer.


En cours de self-défense, on apprend quels gestes nous sauveront si quelqu’un vous ceinture ou essaie de vous étrangler. Moi non plus je n’ai pas envie de penser à ça, de me rappeler que ça pourrait m’arriver. En regardant la démonstration de l’instructeur et sa collègue, je n’étais pas à l’aise, j’avais peur. Je savais que le risque est réel, à présent le risque est toujours là mais ma peur n’est plus de même nature, ce n’est plus la peur de la brindille impuissante - que je n’ai jamais été - mais une peur rationnelle face à un risque. Si ça arrive, peut-être que je ne m’en sortirai pas, mais peut-être que si. Je sais que j’ai ma chance et je sais quoi faire pour me laisser cette chance de sauver ma peau.


Mesdames, vous n’êtes pas faibles, vous ignorez votre force. Prenez-en conscience, et rattrapez votre retard : en seulement 3 heures, je me sentie puissante. Pas invincible, inutilement agressive ou déraisonnable, mais puissante.









dimanche 21 décembre 2014

J'ai fiché pour vous : Du côté des petites filles

La mère Noëlle Fleur furieuse met les enfants à la fête, avec des éléments tirés de l’essai Du côté des petites filles de la pédagogue féministe italienne Elena Gianini Belotti, publié en 1973.

La préférence pour les garçons se manifeste dès la grossesse de la mère, lorsque l’entourage essaie de deviner le sexe du foetus. Les différentes pratiques populaires en Europe du sud pour deviner le sexe du foetus assimilent la naissance d’un garçon à un évènement valorisant, à une bonne nouvelle, contrairement à l’arrivée d’une fille.
“Une des épreuves les plus utilisées est celle du bréchet de poulet : un homme et une femme saisissent chacun une partie de l’os et tirent ensemble, chacun de son côté, pour le casser, si la partie la plus longue reste dans la main de l’homme, ce sera un garçon”.
“Quand on demande à une femme enceinte, à brûle-pourpoint, “qu’as-tu dans la main”, si elle regarde en premier sa main droite, elle aura un garçon, si elle regarde la gauche (sinistra), une fille”. “Si son teint est rosé, elle enfantera un garçon, si son teint est pâle, une fille”.

La préférence pour les garçons se manifestent lors de l’allaitement. Dès ces moments-là, essentiels dans la vie et le développement des enfants, la mère et les autres membres de la famille formulent des injonctions envers l’enfant. Celui-ci reçoit des messages d’encouragement ou d’interdiction qui contribueront à le rendre plus ou moins sûr de lui, vorace ou modéré.

Les mères allaitent les garçons plus volontiers, jusqu’à un âge plus avancé, et les tétées sont plus longues. Il faut aussi prendre en compte la rapidité de la réponse de la mère et les gestes de tendresse qui accompagnent ce moment, et tout cela forme une “preuve tangible de la disponibilité du corps maternel à l’égard (du petit garçon), et en retour, l’importance de son propre corps”.

Les garçons sont perçus d’emblée comme plus vorace, avec un plus grand appétit et des besoins plus impérieux. La mère répond plus rapidement à ses demandes et lui consacre plus de temps. Le besoin de faire des pauses est davantage respecté que pour les filles. En évitant de le presser, on lui signifie qu’on se met “de son côté”, qu’on le “considère comme un individu” avec une autonomie dans la volonté et des besoins qu’il faut prendre en compte. Au contraire, la petite fille n’est pas sensée être vorace, et il est courant de “punir” la gloutonnerie en imposant un rythme plus lent, tout en la pressant sur la durée totale de l’allaitement, faute de temps disponible pour elle. La petite fille doit “contrôler son impulsion”. Bellotti parle d’un “dressage à la délicatesse”. Le “dressage”, dès la naissance, s’opère également à travers l’agencement et les couleurs de la chambre d’enfant, ainsi que les motifs qui la décorent.

Il est communément accepté que les filles pleurent davantage et sont plus difficiles à élever.

“Cependant, malgré tous ces jugements sur le caractère affectueux, la douceur, la soumission l’activité laborieuse des femmes et bien qu’on les élève à moindre prix, puisqu’en général on leur donne moins d’instruction qu’aux garçons, l’opinion courante veut que les filles soient plus difficiles à éduquer. Pourquoi ?
Il est beaucoup plus difficile et pénible de contenir une énergie souvent impérieuse en prétendant qu’elle se replie sur elle-même, alors qu’elle ne tarde pas à s’atrophier lentement, que de lui laisser libre cours et même de la stimuler en vue de réalisations concrètes. (..)
La fille, inhibée dans son développement, est contrainte d’organiser des mécanismes d’auto-défense pour ne pas succomber (..); elle manifeste des traits de caractère qui ne sont pas du tout, comme on le pense, l’apanage du sexe féminin, mais sont simplement le produit de la castration psychologique opérée à ses dépends.” Cette castration psychologique donne des petites filles “mécontentes, capricieuses, pleurnichardes”..

Bellotti insiste sur le rôle de la mère qui reproduit les modèles qu’elle connaît elle-même : la mère façonne la petite fille à son image, et elle accorde au petit garçon la même place dominante qu’au père et aux autres hommes qu’elle connaît : “elle n’a rien d’autre à faire que de répéter avec lui la même attitude tolérante, complice, complaisante qu’elle a vis-à-vis des hommes adultes”.

Les jouets sont sensés être choisis spontanément par les enfants, mais ceux-ci non seulement ent reproduisent ce qu’ils observent et connaissent, mais aussi s’adaptent à des règles strictes : il y a des jouets autorisés et d’autres interdits, selon le sexe. La façon de jouer est également différente : “La réduction de l’agressivité, opérée chez la petite fille par des moyens diffus, l’oblige à choisir, dans le jeu aussi, des moyens d’expression qui soient acceptés”.

Les petites filles dont la vitalité a été réprimée se réfugient dans des rituels rassurants et répétitifs. Les jeux limitatifs des petites filles, “dans lesquels leur attention s’arrête à l’acquisition d’une aptitude raffinée mais restreinte” sont “de véritables comportements phobiques avec un arrière-plan de rituel obsessionnel”, qui démontrent un “perfectionnisme anxieux” : Bellotti cite l’exemple du saut à la corde, complètement dédaigné par les garçons.


Les petites filles sont associées aux tâches domestiques dès l’enfance, alors que les garçons en sont écartés. Non pas pour qu’elles apprennent à les effectuer à l’âge adulte, un apprentissage très rapide serait largement suffisant ; mais qu’elles ne les méprisent pas comme les garçons les méprisent, et pour “rendre certaines tâches automatiques”. “Les adultes savent très bien que si le conditionnement ne se produit pas à l’âge requis, c’est-à-dire à l’âge auquel le sens critique et la rebellion sont peu sûrs, il sera d’autant plus difficile d’obtenir ces services après cet âge”.

jeudi 27 novembre 2014

Témoignage anonyme

Article posté dans le tumblr Je connais un violeur et qui a été traduit en anglais. 

Un jour, à table, mon frère, tout content, nous raconte une de ses conquêtes : Elle l’a dragué toute la soirée (quand j’ai demandé des précisions sur ce point : elle lui a souri et l’a regardé plusieurs fois), et quand en fin de soirée elle avait trop bu et qu’elle est allée se coucher (car visiblement malade, à deux doigts du coma), il est allé dans le lit et l’a “niquée”.
Un  jour, à table, mon frère nous raconte le viol qu’il a commis. Et tout le monde trouve ça normal.
Un jour, dans la cuisine, ma mère et moi parlons de son compagnon (mon beau père, donc). Elle m’explique que sa première femme ne voulait pas d’enfant, mais qu’il a insisté, et insisté, et qu’il l’a mise enceinte.
Un jour, dans la cuisine, ma mère me raconte que son compagnon a violé. Et elle trouve ça normal.
Je connais un, deux, mille violeurs. Je les connais, et chaque jour je les vois, je leur dit bonjour, je mange avec eux, je les soutiens quand ils vont mal. Je connais, un, deux, mille violeurs qui m’ont hurlé que NON, ils n’avaient pas violé. Que si un jour ils violaient quelqu’un, ils se suicideraient de honte et de dégoût.
Je connais un, deux, mille violeurs. Des gentlemen, des gens normaux, des gens que j’aime. Et pourtant, ce sont des violeurs. Et ils ne le savent même pas.

mardi 25 novembre 2014

Les hommes victimes : j'en ai connu

Les hommes victimes de la violence des femmes. On en entend parler dès qu’il s’agit de violence masculine, il ne faut pas les oublier. Dès qu’il est question des femmes victimes de violence masculine, il faut bien se rappeler du cas de cet homme harcelé par une femme, une fois. Sinon, on est injuste, on dessert la cause des femmes, et on devient violente envers les hommes dénigrés dans leur souffrance, pourtant c’est bien la violence que nous condamnons, n’est-ce pas ?

Tout existe et tout est possible, je l’admets facilement. Je voudrais apporter mon témoignage personnel à propos d’hommes victimes de violence féminine. J’en ai connu. Mon expérience est individuelle, limitée par définition. Je vais tout de même vous la livrer.

Je connais une multitude de femmes qui ont été victimes de violences masculines, de la remarque condescendante au crime aggravé. Je connais indirectement plusieurs victimes de féminicides. Je connais aussi, indirectement ou non, des auteurs de féminicides et des violeurs.

Et j’ai été amenée à rencontrer deux hommes victimes de la violence de leur ex-conjointe.

Le premier, K., était le petit ami de P., une amie d’enfance. P. l’avait rencontré à 17 ans, c’était son premier amour et elle en était folle. K. était son prof de piano, il avait 34 ans, il était divorcé et racontait à tout le conservatoire que son ex avait été violente envers lui. Et oui, les hommes battus, ça existe. K. avait beaucoup de succès auprès des femmes. Pour être plus précise, il avait beaucoup de succès avec ses élèves et ne couchait qu’avec des jeunes filles vierges. A 35 ans, il a trompé mon amie P. avec une autre de ses élèves, âgée de 16 ans. P. l’aimait passionnément, elle disait : “il est tout pour moi, un prof, un père, un ami, un amant”. Quand je la voyais, il fallait qu’il soit là. Lors d’une soirée chez moi entre copines, P. a été retenue une heure au téléphone dans une autre pièce par K. J’ai du aller la chercher pour qu’elle revienne avec nous dans le salon.
Jusqu’à ce qu’elle ne réponde plus à mes appels. Je l’ai revue une fois, quelques années plus tard, elle semblait éreintée, éteinte. Elle était abîmée par K. et j’avais perdu son amitié.

J’ai connu le deuxième homme victime personnellement, il y a quelques années. Nous avons eu une brève relation très sympathique au début, comme toutes les relations, qui s’est rapidement transformée en guide pratique de détection des manipulateurs pervers. Rabaissant, essayant de me faire douter de mes capacités intellectuelles, sans la moindre empathie lorsque j’ai été agressée dans la rue. Il utilisait sa mère malade pour m’empêcher de lui faire des reproches. Alors que j’étais en pleine préparation de mon projet de recherche sur le féminicide, il m’a dit qu’il avait été victime de femmes violentes. J’ai eu la chance d’avoir la force, la confiance en moi et les connaissances nécessaires pour le fuir. La dernière fois qu’on s’est vus, il a insisté lourdement pour que j’accepte une pratique de domination sexuelle. Ses tentatives de me faire culpabiliser pour que je cède m’ont mise très en colère. Je lui ai envoyé un message en disant que je ne voulais plus le voir car il ne respectait pas mon refus au lit, ce qui est grave. Face à ses nouvelles tentatives de manipulations, ses propos incohérents et sa mauvaise foi, je l’ai traité de “taré”.

Là il m’a écrit : “tu es une femme violente. Tu verras où cela te mènera”.
J’ai répondu : “donc les femmes violentes dont tu m’as parlé ne faisaient que se défendre face à tes agressions, comme je suis en train de le faire”







lundi 26 mai 2014

Santa Barbara : le machisme tue.

Vendredi soir, Elliot Rodger, un jeune homme de 22 ans, a tué 6 jeunes gens et en a blessées 7 autres.  Si ses victimes ne sont pas toutes des femmes, son projet initial, heureusement contrarié, était d'entrer dans une sororité pour tuer "toutes les filles du bâtiment", à défaut de pouvoir "tuer toutes les femmes de la Terre".
Contrairement à ce que l'on lit dans la plupart des médias, cet homme n'est pas fou, cette tuerie n'est pas un cas isolé. C'est une manifestation parmi d'autres d'une haine contre les femmes qui répond à une idéologie largement observée et connue : le masculinisme. 

Pourquoi un homme qui tue des femmes serait-il fou ? Il n'a jamais été démontré que le syndrome d'Asperger, dont il serait atteint, entraîne des accès de violence extrême. Et surtout, tuer des femmes est-il si exceptionnel ? Pourtant le Conseil de l'Europe a publié des chiffres selon lesquels la première cause de mortalité pour les femmes âgées de 16 à 44 ans est d'être tuée par son conjoint, compagnon ou ex. 
Parfois ce massacre généralisé prend une tournure plus spectaculaire. On se souvient des massacres de Marc Lépine en 1989 contre les élèves ingénieures féminines qui voulaient "exercer un métier d'homme". 
On se souvient du massacre par un élève du collège de Winnenden, en Allemagne, en mars 2009, de 11 élèves féminines et d'une professeure. 
Il est temps de regarder la réalité en face : tous les jours, des jeunes filles et des femmes sont les victimes de la haine misogyne. Elles sont humiliées, violées, torturées. Tuées. 
Quand un homme tue des femmes par haine de leur sexe, ce n'est pas un "coup de folie". C'est un féminicide. 

"Je massacrerai toutes les filles du bâtiment, et je prendrai un grand plaisir à le faire". La raison invoquée, et reprise sans grand recul par la presse, est un sentiment d'injustice contre les femmes qui "ne veulent pas de (lui)". Elles ne veulent pas coucher avec lui, il les tue. Le tueur s'attend à ce que les femmes acceptent ses avances. C'est un du. Une femme qui refuse un acte sexuel mérite la mort. 
Le tueur perçoit donc les femmes comme des créatures à sa disposition, disponibles sexuellement et dont le "non" n'est pas envisageable. 
Et on continue de le prendre pour un fou.. 

Comme si les femmes étaient libres de dire "non", de choisir quand et avec qui avoir des relations sexuelles. Que dire de ces hommes qui harcèlent des femmes, qui les violent, qui les agressent, en un mot qui méprisent leur consentement et qui les considèrent comme des biens dont il faut s'emparer : tous des fous, eux aussi ?
Le féminicide n'est pas un "coup de folie meurtrière" : c'est la violence machiste à son stade ultime. Elle ne veut pas coucher avec moi ? Je m'en empare et je la détruis. Par le viol, par le meurtre. Une femme n'a pas le droit de dire "non". 

Quand elle ne répond pas aux avances d'un homme, si elle quitte son compagnon ou si elle le trompe, une femme peut être tuée. On y verra toujours un "coup de folie" ou un "drame conjugal". Or les femmes sont le plus souvent tuées pour une seule et même raison : elles refusent de se laisser posséder par un homme. Elles quittent un époux, elles trompent un amant, elles fuient un ex, elles refusent des avances. Elles montrent à un homme que leur corps et leur sexe ne leur appartiennent pas, tout simplement. 

Ce massacre n'est ni un acte isolé, ni un acte insensé. Il est le fruit d'un idéologie connue depuis plusieurs décennies déjà : le masculinisme. En acceptant de vivre dans un bain culturel où les femmes sont constamment montrées comme des objets à saisir, des corps à posséder, disponibles, perpétuellement consentantes et soumises, ce n'est rien d'autre que cette idéologie meurtrière qu'on alimente. 

Le masculinisme est un courant idéologique connu et étudié, il a été défini ainsi par la chercheuse Michèle Le Doeuff dans les années 1990 : c'est un "particularisme, qui non seulement n'envisage que l'histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d'une affirmation (il n'y a qu'eux qui comptent et leur point de vue". Plus précisément, le masculinisme est une réaction contre le féminisme : les femmes seraient "allées trop loin", elles ont déjà acquis l'égalité, voire elles dominent la société par des moyens plus ou moins "occultes". Il faut revenir en arrière pour préserver le sort des hommes. En sachant que la condition des hommes défendue par les masculinistes est celle qui existerait sans les apports du féminisme : une domination sans partage du pouvoir masculin, avec des hommes qui imposent leur autorité sur des femmes réduites au rang d'esclave sexuelle et de mère porteuse.

Le masculinisme n'est pas l'équivalent du féminisme : le féminisme travaille à l'émancipation des femmes pour qu'elles atteignent l'égalité en droits et en dignité avec les hommes. Le masculinisme vise à la suprémacie des hommes sur les femmes. Chaque avancée féministe vers l'égalité est dénoncée comme une injustice qu'il faut punir.

Elliott Rodger fréquentait assidument une communauté masculiniste sur Internet, et y participait activement avec des écrits où il présente les femmes comme des biens à disposition, auxquelles, en tant qu'homme, il aurait droit. De façon typiquement masculiniste, il se pose en victime des femmes. Victime du fait qu'elles le rejette,s donc victime du fait que les femmes puissent formuler un refus, avoir leur propre désir sexuel, choisir leurs partenaires... C'est ce libre choix des femmes qui est vu comme un "crime" qui doit être puni de mort.

Le tueur se targue explicitement d'une supériorité sur les femmes : "elles verront qui est supérieur, qui est le mâle alpha". Ces "salopes gâtées" prétendent choisir avec qui elles couchent et avec qui elles ne couchent pas ? Il faut les remettre à leur place : les ramener à la douce époque où le viol n'avait pas encore été criminalisé à cause de l'influence de ces féministes castratrices.

"Je ne peux pas tuer toutes les femmes de la Terre, mais je peux frapper un immense coup qui les laissera dévastées, atteintes au plus profond de leur coeur vicié. Je m'attaquerai précisément aux filles qui représentent tout ce que je déteste dans la féminité : je m'attaquerai à la sororité qui compte les filles les plus sexy de l'UCSB."

Elliott Rodger regrette de ne pas pouvoir commettre un féminicide global. Il choisit donc des femmes "emblématiques", et les tuent pour que toutes les autres soient terrorisées, avec le but avoué de leur "faire peur".
Il tue des femmes parce que femmes, c'est donc un tueur misogyne. C'est en outre un terroriste d'un genre encore peu connu : un terroriste masculiniste.

Il est temps de regarder les choses en face : la haine des femmes ne provoque pas qu'une violence quotidienne et des meurtres domestiques. Elle provoque aussi des massacres de masse et des actes de terrorisme meurtrier. Et le masculinisme est le système de pensée qui légitime cette violence extrême. Il est temps de le reconnaître pour ce qu'il est : loin du féminisme qui revendique l'égalité par des moyens pacifiques, le masculinisme est une idéologie intrinsèquement haineuse et meurtrière.


"Le féminisme n'a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours"
(Benoîte Groult)






























mercredi 21 mai 2014

Les viols d’hommes : ce serait pire ? Vraiment ?

Créatrice et administratrice du tumblr “Je connais un violeur”, j’ai lu et modéré plus de 1000 témoignages de victimes anonymes. Elles se sont confiées dans l’anonymat d’internet, seules face à leur écran, sans avoir ne serait-ce qu'un regard posé sur elles. Certaines racontaient leur vécu pour la toute première fois.

Je voudrais apporter des éléments de réponse à des propos que j’ai lus et entendus à plusieurs reprises à propos des victimes hommes. “Le tabou des tabous”, “invisible donc plus difficile à surmonter”.. J'ai lu un article extrêmement dérangeant sur les cas d'hommes adultes violés par des femmes et qui souffriraient plus que les victimes féminines, car eux, ne sont pas pris en considération. Après avoir tanné, excusez l'expression, la rédactrice de cet article sur twitter, l'article a été entièrement corrigé. Je ne peux plus rien lui reprocher, mais il n'en reste pas moins que l'idée est répandue, même si elle est fausse et profondément dérangeante.

Les hommes victimes se taisent, car le viol d’hommes est un sujet tabou. Le viol des femmes aussi. Ce n'est pas une composante de la "nature féminine" avec laquelle il faudrait composer. Certes le nombre de victimes féminines, enfants ou adultes, est scandaleusement élevé et la menace d’être violée plane sur nous, avec des formules comme “appel au viol”. Le fait d’être une femme nous place d’emblée dans une position de victime potentielle. Certes les viols de femmes et de filles par des hommes inondent nos écrans et les blagues salaces sur ce thème sont légion. Il n’en reste pas moins que pour une femme, être victime de viol est un traumatisme qui entraîne de lourdes séquelles. Subir un viol, pour une femme, n’est pas l’un des désagrément causés par sa féminité, aussi prévisible et ancré dans notre quotidien que des règles douloureuses ou un soutien-gorge qui gratte. C’est à chaque fois un crime et un scandale.

Or les viols subis par des hommes adultes seraient plus tabou, plus difficiles à déclarer, voire plus douloureux que ceux subis par les femmes. Pour un homme, être violé, ce serait pire.

Avant l’âge de 15 ans, les victimes de viol, par inceste dans la plupart des cas, comptent autant de filles que de garçons. Après, certains hommes sont violés par d’autres hommes, ils représentent 10% des victimes à l’âge adultes. Quand aux hommes adultes violés par des femmes, ils représentent une infime minorité. Sur un millier de témoignages, j’ai lu un seul cas d’homme qui avait été “chevauché” par une femme alors qu’il était inconscient. Je ne m’avancerai pas sur un chiffre ou une statistique, mais gardons en tête que nous parlons de cas ultra-minoritaires. Cela ne signifie pas que le sujet ne soit pas digne d’intérêt, et les victimes méritent évidemment de l’empathie.

Les hommes victimes de viol rencontrent l’incrédulité, apprend-t-on, cette incrédulité étant bien sûr liée à la rareté du phénomène. On peut avancer une explication plutôt évidente : la grande majorité des femmes ont intégré un rôle passif dans leur sexualité. On dit que l’homme prend la femme et que la femme se fait sauter. Cette distribution des rôles parfaitement inégalitaire fait qu’une femme qui agresse un homme, qui lui fait subir des attouchements ou actes sexuels par surprise ou contrainte, est une femme qui transgresse un immense tabou, sans commune mesure avec des gestes abusifs largement tolérés de la part d’un homme.
La violence des femmes est interdite et taboue elle aussi. Un homme en colère est un homme qui a de la personnalité. Une femme en colère est une folle hystérique. Même si les sports de combat comptent de plus en plus de femmes parmi leurs amateurs/trices, on inscrira plus spontanément une petite fille à un cours de danse classique pendant que son frère fera du judo. Cette incrédulité liée à la violence, et en particulier la violence sexuelle d’une femme contre un homme vient de ce que les femmes sont sensées être délicates et passives. Elles n’ont pas d’autre choix que d’intégrer cette norme sociale, et en effet la grande majorité des crimes contre les personnes sont commis par des hommes.
Les hommes victimes de viol ne sont pas crus, on peut en expliquer les raisons. Qu’en est-il des victimes féminines? Elles doivent se justifier, on se méfie d’elles et on met systématiquement leur parole en doute. Une petite fille victime de son père sera dénigrée par le reste de la famille. Une adolescente victime de ses camarades de lycées aura voulu “se rendre intéressante et attirer l’attention sur elle”. Ivre morte et violée par un groupe d’inconnus en boîte de nuit, ce sera “une salope qui l’a cherché”. Coincé sous le poids de son agresseur, alors qu’elle criait “non” et qu’elle pleurait, elle était “venue pour ça”.

Aux hommes violés, on dit “tu as aimé ça”. Et en effet, dans l’immense majorité des cas, les hommes aiment ça. D’ailleurs, le cliché selon lequel les hommes en ont “tout le temps envie”, et auraient une libido plus forte que les femmes (ce qui est faux), sert bien souvent à justifier les viols de victimes féminines réputées “irrésistibles” qui auraient eu le malheur de susciter des “pulsions incontrôlables”.
Les femmes victimes de viol s’entendent dire qu’elles l’ont mérité avec leur “look de pute”. On leur demande si elles ont “mouillé”, éventuellement de la part de policiers sensés recevoir leur plainte. Dans ce même contexte, une victime d’une quinzaine d’années a rapporté à une écoutante du CFCV les propos suivants : “en fait c’est juste d‘avoir été sodomisée qui vous dérange”. Cette jeune fille serait donc “coincée”.
Parmi toutes les victimes de viol qui m’ont fait part de leur expérience, dans mon cercle amical, militant ou par l’intermédiaire du tumblr “Je connais un violeur”, aucune n’a été écoutée et prise en considération sans subir de réactions déplacées voire cruelles. Une deuxième, troisième agression de la part de leurs parents, de leurs amies, d’un policier ou d’un médecin.

Nos écrans sont inondés de scènes de viol où la femme “finit par aimer ça”. Nous avons toutes entendu des remarques comme “elle est trop moche, espérons qu'elle se fasse violer”. Nous avons toutes subi des regards hostiles, des attouchements, des menaces de viol ou des blagues humiliantes auxquelles nous devions rire sous peine d’être taxées de “coincées”. Cette haine des femmes qui fait que le viol est un sujet de gaudriole, nous la supportons, et nous en souffrons. Et que dire des femmes violées qui doivent elles aussi rire en choeur à un bon “le viol, c’est lol”? Elles restent silencieuses, elles repensent à ce qui les a meurtri et qui amuse des hommes dont elles n’ont aucun moyen de savoir s’ils sont innocents ou non.
Elles ont honte, elles se haïssent d’avoir été salies et de n’avoir pas su se défendre. Elles se taisent, et si elles en parlent, elles s’exposent à des “t’étais épilée au moins?” (véridique). Elles supporteront toute leur vie une société qui leur martèle que “le viol, c’est lol”. Et elles sont nombreuses.

Messieurs, vous qui avez été violés par une femme, je ne nie pas votre souffrance et “Je connais un violeur” vous reconnaît autant que les autres. Mais vous restez des hommes, vous ne vivez pas dans un monde qui vous rappelle à chaque instant que vous êtes une proie à baiser, un morceau de “viande à viol”. Vous n’entendez pas de plaisanteries ou remarques soit-disant anodines qui vous rappelleront régulièrement que le monde dans lequel vous vivez est complice de l’horreur que vous avez vécu. Votre expérience est invisible, c’est ce que vous regrettez : vous ne la recevrez pas en pleine face à un dîner de famille ou dans une discussion entre amis.
Je vous souhaite sincèrement de surmonter cette épreuve. Mais je continuerai de me battre pour les femmes et les filles, les victimes désignées, toutes celles qui “auraient pu faire un effort”, qui ne sont "pas normales car elles devraient aimer ça", et à qui on a confisqué, dès la petite enfance, les moyens de se mettre en colère et de se battre.
























Le Top Site d'Anna K.